Accords bilatéraux de travail : où en est le Népal avec l'Europe
Le Népal a conclu des accords bilatéraux de travail avec 13 pays, alors que ses travailleurs sont autorisés à partir vers 178 destinations. Seule la Roumanie a signé un pacte européen, et la Croatie, deuxième effectif népalais en Europe, n'en a aucun. Ce que cela signifie pour un employeur de l'UE.
Le Népal envoie de la main-d'œuvre vers 178 destinations, mais n'a conclu d'accords bilatéraux de travail formels qu'avec 13 d'entre elles. C'est l'Europe qui représente la part la plus rapidement croissante des départs, avec 72 953 autorisations délivrées au cours de l'exercice 2024/25, soit 8,69 pour cent du total, contre 25 697 quatre exercices plus tôt. La quasi-totalité de cette croissance s'est faite sans le moindre cadre interétatique. La Roumanie est le seul pays européen à avoir signé un accord bilatéral de travail. La Croatie, qui comptait début 2025 environ 35 635 Népalais en emploi actif et était devenue le plus grand effectif étranger du pays, n'a aucun accord. Pour un employeur de destination qui lit ces lignes, la leçon pratique tient en peu de mots : vous n'attendez pas un traité pour recruter au Népal, et en Europe vous recruterez presque certainement sans en avoir un.
Ce que fait réellement un accord bilatéral de travail
Un accord bilatéral de travail, ou BLA, est un instrument interétatique entre le Népal et un État de destination. Du côté népalais, il est négocié par le Ministry of Labour, Employment and Social Security (MoLESS) et fixe le socle régissant la manière dont les ressortissants d'un pays sont recrutés et traités en tant que travailleurs dans l'autre. Un texte type couvre les conditions minimales du contrat, un mécanisme de règlement des différends, l'obligation de faire peser les coûts de recrutement sur l'employeur, et parfois le régime de sécurité sociale. L'accord Népal-Roumanie, par exemple, garantit aux travailleurs népalais la parité de sécurité sociale avec les citoyens roumains. Un BLA n'équivaut pas à un protocole d'accord (MoU) ni à une déclaration d'intention conjointe, qui signalent une coopération sans en fixer les termes contraignants, et la distinction compte lorsqu'un auditeur demande ce qui protège tel ou tel travailleur.
Il est utile de séparer deux choses faciles à confondre. Un accord bilatéral régit le corridor au niveau de l'État. Un corridor interétatique, ou G2G, est une notion bien plus étroite : une voie où le recrutement est assuré par un organisme public et non par une agence privée. Le Népal n'opère que trois véritables corridors G2G dans le monde entier : la Corée du Sud dans le cadre de l'Employment Permit System (EPS), Israël pour les aides à domicile, et le Royaume-Uni pour les personnels de santé et de soins. Tout le reste, y compris chaque flux européen significatif dans la construction et l'hôtellerie, fonctionne comme un corridor privé : une agence népalaise agréée qui place des travailleurs auprès d'un employeur étranger nommément désigné, sous la supervision du Department of Foreign Employment (DoFE) à New Baneshwor, à Katmandou.
Ce que le Népal a signé en Europe, et quand
Le tableau européen est mince et récent. Énumérer ce qui existe, avec les dates, est plus utile que n'importe quel adjectif récapitulatif.
| Instrument | Type | Date | Contrepartie |
|---|---|---|---|
| Népal-Roumanie | Accord bilatéral de travail | 6 octobre 2023 (les sources népalaises citent le 2 octobre 2023, 19 Asoj 2080) | Min. Sharat Singh Bhandari et Simona Bucura-Oprescu |
| Népal-Allemagne | Déclaration d'intention conjointe | 10 octobre 2023, Berlin | Bundesagentur für Arbeit |
| Népal-Royaume-Uni | MoU, santé et soins | 22 août 2022 | gouvernement britannique |
Le pacte avec la Roumanie est le premier et, à ce jour, le seul accord bilatéral de travail européen du Népal. Notez l'écart de date : la plupart des reportages internationaux situent la signature au 6 octobre 2023, tandis que les sources en langue népalaise retiennent le 2 octobre 2023, soit l'équivalent du 19 Asoj 2080 BS. Quoi qu'il en soit, l'accord est récent, et il a suivi le moment où la Roumanie était déjà devenue la première destination européenne, avec environ 28 000 travailleurs népalais lors de l'exercice 2024/25, sur un quota de 100 000 travailleurs étrangers que la Roumanie a maintenu de 2022 à 2025. Le Népal était le premier pays d'origine pour la Roumanie, avec 20 636 travailleurs, devant le Sri Lanka à 16 115.
L'instrument Népal-Allemagne est une déclaration d'intention conjointe signée à Berlin, pas un BLA. Il consigne l'intention du MoLESS et de l'agence fédérale allemande pour l'emploi, la Bundesagentur für Arbeit, de coopérer en matière de mobilité de la main-d'œuvre. Le considérer comme un accord contraignant est l'erreur la plus fréquente dans les documents destinés aux employeurs, et elle est fausse. Le MoU Népal-Royaume-Uni du 22 août 2022 est réel et contraignant, mais étroit : il couvre le recrutement sans frais de personnels de santé et de soins, les infirmiers gagnant de 27 000 à 32 000 GBP par an et une tranche d'âge éligible de 20 à 45 ans. Il ne s'étend pas à la construction, à l'industrie manufacturière ni à l'hôtellerie.
Le vide de gouvernance, nommé avec ses dates
La lecture honnête est que la migration népalaise vers l'Europe a grosso modo triplé presque entièrement sans accords bilatéraux ni systèmes G2G. Le Népal a transmis des projets de BLA à 16 pays européens. Début 2026, seule la Roumanie avait abouti. Le secrétaire adjoint du MoLESS, Pitambar Ghimire, a confirmé cette position le 16 février 2026, l'effort ayant à ce moment-là été réacheminé par le ministère des Affaires étrangères après l'enlisement de la voie du ministère du Travail. En mai 2026, le ministre Ramji Yadav indiquait qu'aucun des 16 pays européens n'avait répondu après plus d'un an. Les listes nommées de pays cibles varient selon les sources, ce qui est en soi le signe du caractère informel de la démarche : la Croatie, Malte, la Roumanie, la Pologne, Chypre, le Portugal, l'Espagne, la Bulgarie et la Serbie apparaissent toutes dans une version ou une autre. Le Népal a transmis un dossier de projet de BLA à la Croatie, à la Pologne, au Portugal, à Malte et à l'Espagne en février 2024.
Il n'existe pas non plus de traité de mobilité Népal-UE à l'échelle de l'Union, et rien ne laisse présager qu'il en émergera à court terme. La coopération de l'Union européenne avec le Népal relève du financement du développement par subventions, et non de la mobilité de la main-d'œuvre : 209 millions d'EUR sur 2021 à 2024 et 113 millions d'EUR supplémentaires sur 2025 à 2027, selon le Service européen pour l'action extérieure. Cet argent finance des programmes de développement, pas un corridor de recrutement.
Pour être complet, les anciens corridors non européens qui, eux, sont assortis d'accords donnent la mesure du contraste. Le Qatar a signé un MoU le 21 mars 2005, les Émirats arabes unis le 3 juillet 2007 (renouvelé le 14 juin 2019), Bahreïn le 29 avril 2008, la Jordanie le 18 octobre 2017, la Malaisie un MoU à coût zéro le 29 octobre 2018, Maurice le 11 juin 2019, le Japon un mémorandum sur le Specified Skilled Worker le 25 mars 2019, et Israël un accord-cadre le 30 septembre 2020. La toute dernière addition est le BLA Népal-Arabie saoudite signé à Riyad le 25 ou 26 janvier 2026, recherché depuis une dizaine d'années, qui garantit aux travailleurs non qualifiés 1 000 riyals saoudiens plus 300 riyals pour les repas et couvre les quelque 400 000 Népalais déjà présents en Arabie saoudite. Avec l'accord saoudien, le compte a atteint 13 pays liés par un accord, sur 178 destinations autorisées. L'Europe se situe presque entièrement hors de ce décompte.
Ce que cela signifie pour un employeur de l'UE
L'absence d'accord bilatéral ne vous bloque pas, et son existence en Roumanie ne change pas grand-chose à vos modalités. La partie népalaise d'un recrutement vers l'UE passe par le DoFE de la même façon, qu'un BLA existe ou non. Les deux éléments dont vous avez réellement besoin sont une agence de recrutement népalaise agréée par le DoFE et un Job Order vérifié par le DoFE, parfois appelé lettre de demande, rattaché à votre offre d'emploi attestée.
- L'agence agréée. Le Népal comptait 1 019 licences d'agences de recrutement actives au 14 janvier 2025. Seule une société agréée peut légalement recruter et traiter des travailleurs pour vous, et seule une société agréée peut déposer votre Job Order. Les sous-agents (dalals) ont été interdits par un amendement de mars 2019 au Foreign Employment Act 2007. Vérifiez la licence par nom ou par numéro sur dofe.gov.np avant de signer quoi que ce soit. Voir comment vérifier un recruteur népalais agréé.
- Le Job Order vérifié. Vos documents d'offre sont attestés et l'agence dépose la demande d'approbation du Job Order auprès du DoFE. La fenêtre de vérification est de 14 à 28 jours dans les mois ordinaires et de 35 à 45 jours au pic de septembre-octobre autour de Dashain et Tihar. Tout écart d'effectif entre votre lettre de demande et le contrat signé impose un nouveau dépôt et coûte 7 à 10 jours. La séquence complète est exposée dans le guide du permis DoFE pour les employeurs.
- L'obligation de coûts. Dans le Golfe et en Malaisie, l'obligation de payer le visa et le billet découle de la politique népalaise Free Visa Free Ticket. En Europe, ce dispositif légal ne s'applique pas, car il ne couvre que sept destinations, dont aucun pays européen. Ce piège est décortiqué dans l'explication de la politique Free Visa Free Ticket. L'obligation de prise en charge par l'employeur sur un placement vers l'UE repose donc sur les normes internationales et sur le modèle propre au recruteur, et non sur une loi népalaise ou un BLA.
C'est sur ce dernier point qu'un accord manquant importe le moins. Werklist applique le principe de l'employeur payeur (Employer Pays Principle) à chaque corridor qu'il opère, y compris l'UE, en cohérence avec l'IOM International Recruitment Integrity System (IRIS). Le travailleur ne paie rien au titre de la documentation, de l'attestation, du visa, du voyage, du médical ou de l'orientation. Les frais de recrutement pèsent du côté de l'employeur, là où les normes alignées sur IRIS l'exigent. Un accord bilatéral inscrirait cette obligation dans un traité ; en son absence, le recruteur l'inscrit dans le contrat et dans le dossier d'audit. Pour un employeur de l'UE, le résultat est le même, et il n'attend pas la diplomatie.
Comment Werklist opère un corridor européen sans traité
La filiale de Werklist à Katmandou opère sous le nom de Blusift Nepal, détient une licence de recrutement DoFE, mène le casting et le trade-testing dans le pays, et fait cheminer les dossiers à travers le bureau du DoFE de Maharajgunj chaque semaine. Voilà la réponse concrète au vide de gouvernance. Là où le Népal n'a pas de cadre G2G avec votre pays, une agence agréée fournit la structure que le traité apporterait autrement : un Job Order attesté, un recrutement à coût zéro aligné sur IRIS, une orientation avant le départ alignée sur HELVETAS et le programme Safer Migration (SaMi), et une garantie de remplacement de 90 jours remobilisée aux conditions d'origine sans seconds frais de sourcing. La Croatie, qui réunit le plus grand effectif népalais d'Europe et n'a pas de BLA, est gérée ainsi depuis des années, et le guide de recrutement pour la Croatie détaille cette voie. Le repère, d'une lettre de demande signée à un premier poste, est de 95 à 120 jours, se comprimant à 50 à 70 jours face à une réserve de candidats en attente. Les mêmes jalons figurent dans le calendrier de mobilisation du corridor Népal-UE.
Si vous étudiez un corridor depuis le Népal vers un pays de l'UE dépourvu d'accord bilatéral, ce qui est le cas de presque tous, adressez un brief à la filiale de Katmandou via /fr/employers en précisant la destination, les métiers, l'effectif et la date de démarrage visée. C'est la voie de l'agence agréée, et non un traité, qui fait avancer le dossier.
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