Carte salarié ou travailleur temporaire en France : le contrat décide
Un CDI ouvre la carte de séjour salarié, un CDD la carte travailleur temporaire. Le CESEDA fixe la règle, la préfecture délivre, la plateforme instruit.
En France, c'est la nature du contrat de travail qui fixe le titre de séjour, pas le métier ni le secteur. Un contrat à durée indéterminée ouvre la carte de séjour portant la mention salarié. Un contrat à durée déterminée ouvre la mention travailleur temporaire. Les deux passent par la même autorisation de travail préalable.
La règle posée par le CESEDA
Les articles L.421-1 et L.421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile séparent les deux mentions selon le contrat produit à l'appui de la demande, comme le rappelle la fiche publiée par justice.fr. L'employeur qui recrute un maçon en CDI et l'employeur qui recrute le même maçon en CDD de neuf mois déposent le même dossier d'autorisation de travail, mais la préfecture ne délivrera pas le même document.
La durée suit la même logique. La carte salarié est valable un an et se renouvelle. La carte travailleur temporaire est calée sur la durée de travail restant à courir au titre du CDD et ne peut pas dépasser un an, toujours selon la fiche justice.fr. Un CDD de sept mois ne donne donc pas une carte d'un an : il donne une carte de sept mois, et la date de fin du contrat devient la date de fin du droit au séjour.
Dans les deux cas, la rémunération prévue au contrat doit atteindre au moins le SMIC pour la durée de travail stipulée. L'article R.5221-20 du code du travail en fait une condition examinée à chaque demande d'autorisation de travail, y compris lors d'un renouvellement. Un contrat à temps partiel dont le salaire mensuel tombe sous le seuil correspondant est refusé sur ce seul motif, avant même l'examen de la situation de l'emploi.
Qui instruit quoi, en combien de temps, pour quel coût
L'autorisation de travail est instruite par la plateforme interrégionale de la main-d'oeuvre étrangère compétente pour le département du lieu de travail, sur le téléservice ANEF ouvert aux employeurs. Le titre de séjour, lui, est délivré par la préfecture, après la décision favorable sur le travail. Deux administrations, une séquence : l'employeur ouvre le dossier, le salarié le termine.
| Point de comparaison | Mention salarié | Mention travailleur temporaire |
|---|---|---|
| Contrat à l'origine | CDI (CESEDA L.421-1) | CDD (CESEDA L.421-3) |
| Durée du titre | 1 an, renouvelable | Durée restante du CDD, plafonnée à 1 an |
| Autorisation de travail préalable | Oui, plateforme main-d'oeuvre étrangère | Oui, même procédure |
| Suite après un an | Carte pluriannuelle de 4 ans possible | Nouveau CDD, nouvelle autorisation |
| Salaire minimal examiné | SMIC pour la durée prévue (R.5221-20) | SMIC pour la durée prévue (R.5221-20) |
Pour le calendrier et le coût, comptez deux blocs. L'instruction de l'autorisation de travail par la plateforme se compte en semaines et le silence gardé deux mois vaut refus implicite. La délivrance du titre par la préfecture donne lieu à une taxe et à un droit de timbre au barème publié sur service-public.fr, soit 225 euros au total pour une première carte salarié en 2026, payés par l'employeur pour la part de taxe. Le dossier employeur lui-même est gratuit sur le téléservice. La procédure complète, pièce par pièce, est détaillée dans l'introduction d'un salarié étranger en France.
Les ruptures de droits que produit la mention temporaire
Trois évènements imposent une nouvelle demande d'autorisation de travail avant toute prise de poste : un changement d'employeur, un passage du CDD au CDI, et le renouvellement du CDD chez le même employeur. C'est le nouvel employeur, ou l'employeur qui prolonge, qui dépose. Un salarié déjà titulaire d'une carte travailleur temporaire n'est pas libre de signer ailleurs sur la seule foi de sa carte.
C'est là que la mention temporaire coûte cher en gestion. Chaque prolongation de CDD rouvre un dossier travail puis un dossier séjour, et les deux horloges ne sont pas synchronisées. Le scénario qui revient le plus souvent : un CDD de six mois se termine le 30 juin, l'employeur dépose la demande de renouvellement fin mai, la plateforme instruit sur juillet, et le salarié se retrouve sans titre valide entre la fin du contrat et la nouvelle décision. Le poste est vacant, la mission client glisse, et la reprise suppose un nouveau passage en préfecture. Sur un CDD renouvelé deux fois, l'entreprise a payé trois instructions pour un seul poste.
Après une année passée sous carte salarié, le salarié peut demander la carte de séjour pluriannuelle de quatre ans. Depuis le 1er janvier 2026, cette demande suppose un niveau de français A2, condition introduite par la loi 2024-42 du 26 janvier 2024 et inscrite au CESEDA. Cette échéance se prépare pendant la première année, pas au moment du dépôt : une session d'examen manquée repousse la pluriannuelle et renvoie le salarié vers un renouvellement annuel. Les contrôles que la préfecture et l'inspection du travail opèrent ensuite sur le titre détenu sont décrits dans la vérification du titre de séjour d'un salarié étranger.
Un employeur qui recrute pour un besoin durable a donc intérêt à poser un CDI dès le premier contrat, y compris lorsque l'usage du secteur est au CDD. Le titre suit alors le poste sur un an, la pluriannuelle devient atteignable, et le nombre de dossiers passe de trois à un. Lorsque le poste figure sur la liste des métiers en tension, la situation de l'emploi n'est pas opposable, ce que détaille la liste des métiers en tension 2026, mais cela ne change rien à la mention du titre : le contrat décide toujours.
Avant d'arrêter un calendrier de prise de poste, regardez d'abord le contrat que vous comptez signer, puis la date de fin qu'il imposera au titre de séjour. Les équipes qui travaillent ces corridors vers la France trouveront le détail du cadrage employeur sur la page employeurs.
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